Les Chroniques de Belu…

Vivre en Esprit…

Vivre avec l’autre…

juin14

medium_main_tendue_michel_ange« Je reconnais que je suis comme autrui me voit. »
[Sartre, L'Être et le Néant]

Ce qui s’applique à l’humain est tellement vrai, que l’image que nous véhiculons, nous, croyant en tant que croyant vivant dans le Christ, est souvent tronquée par les propres préjugés d’autrui, qu’il soit de notre congrégation ou non d’ailleurs…

La conscience de notre Foi par le regard de l’autre est d’autant plus dérangeante et inconfortable qu’elle induit indirectement si ce n’est une justification, tout au moins une reconnaissance de celle-ci vis à vis de l’autre.

Il ne s’agit pas forcément d’être justifié dans notre Foi par notre confrontation à autrui [d'autant que Paul nous dit clairement: « c'est par la Foi que le Juste vivra »], mais plutôt de la manière dont nous nous sentons perçus et acceptés par l’autre dans cette Foi. Si ce besoin de reconnaissance est véritablement propre à l’humain, il est aussi significatif d’un vrai problème de formation dans l’approche du message de l’évangile à l’autre.

L’impression et le jugement d’autrui induisent obligatoirement un sentiment de déception de l’autre de ne pas partager l’importance de cette Foi dans nos vies. C’est d’autant plus vrai lorsque, sous prétexte que nous vivons dans la Foi, nous sommes perçus non plus comme des hommes mais de faux saints qui sous prétexte de notre Foi ne verrait pas le pêché dans notre vie. Ce n’est pas parce que nous sommes Chrétiens que nous sommes parfaits, nous sommes uniquement vivant en dans le Christ, et pour les plus chanceux d’entre nous, portés par Lui.

Au sens strict du terme, et selon la définition de Paul, oui nous sommes tous Saints, mais je dirais plus surement que nous tendons à vouloir l’être, et c’est cela qui fait le vrai combat d’un chrétien. Si l’accès à l’Esprit Saint est d’une certaine manière facile à Paul [ puisque Celui-ci lui est pour ainsi dire tombé dessus ], il l’est beaucoup moins pour nous dans notre vie de tous les jours. Toujours présent en moi, cette Foi, cet Esprit qui m’habite, demeure mon Trésor le plus cher, mais également le plus dure à préserver et à faire vivre.

Ainsi la reconnaissance à autrui, si elle est accessoire dans sa forme, elle reste néanmoins essentielle dans son fond, comment vivre pleinement notre Foi sans l’autre?

Le danger serait de ne vivre notre Foi que parmi les « nôtres », cela induirait d’oublier notre devoir d’évangélisation et de richesse à l’autre tel que le Christ l’a fait tout au long de sa vie. Le Christ était vivant dans le Père, mais également dans son Amour de l’autre tel qu’il soit.

« Le plus frappant quand Jésus rencontre des gens, c’est incontestablement la joie que cela lui procure [...] Jésus n’a jamais de préjugé sur ceux qu’il rencontre. » [Lytta Basset entretien avec Michel Cool, Les nouveaux penseurs du christianisme.]

L’Amour reste le premier de nos commandement. Aimer l’autre n’est ce pas l’accepter tel qu’il est ? Et si Lui ne nous accepte pas tel que nous sommes, il ne nous reste qu’à décupler notre Amour à son égard, pour enfin accepter en notre Foi son incompréhension. Dans la blessure de cette incompréhension c’est à nous de discerner et de redoubler l’Amour que nous portons envers l’Autre, pour enfin n’être plus perçu que dans cet acte d’Amour vers l’autre et vaincre ses propres préjugés, et ses propres blessures envers sa Foi.

« Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui, pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas! Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité; tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité; » [Saint Augustin, Confessions ]

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